Dans une manœuvre coordonnée d’une rare ampleur, les autorités de régulation chinoises ont officiellement interdit, ce vendredi 6 février 2026, toute émission de stablecoins indexés sur le renminbi (RMB) à l’étranger sans leur accord exprès. Cette directive vise à protéger la souveraineté monétaire du pays face à la montée des actifs numériques privés.
Une muraille de Chine numérique
La Banque populaire de Chine (PBOC), accompagnée de sept autres agences ministérielles — dont le ministère de l’Industrie et la Commission de régulation des valeurs mobilières (CSRC) — a publié un avis conjoint ne laissant aucune place à l’ambiguïté. Désormais, aucune entité, qu’elle soit basée en Chine continentale ou à l’étranger, n’a le droit de créer ou de distribuer des jetons numériques dont la valeur est arrimée au yuan sans autorisation.
Cette mesure cible spécifiquement les émetteurs de stablecoins offshore qui tentaient de créer un pont entre l’écosystème crypto mondial et la monnaie chinoise, échappant ainsi aux stricts contrôles de capitaux de Pékin.
Le double objectif de Pékin
Selon les experts, cette décision répond à deux impératifs stratégiques :
- Le contrôle des flux de capitaux : Un stablecoin lié au yuan permettrait techniquement de déplacer de la valeur hors de Chine de manière instantanée et anonyme, contournant les plafonds de change annuels imposés par l’État.
- La promotion de l’e-CNY : Cette interdiction intervient alors que la Chine vient de franchir une étape historique en janvier 2026 : l’e-CNY (le yuan numérique souverain) rapporte désormais des intérêts (environ 0,05 % par an), comme un compte d’épargne classique. En éliminant la concurrence des stablecoins privés, Pékin force l’adoption de sa propre monnaie numérique de banque centrale (MNBC).
La fin des « RWA » non régulés ?
L’avis ne s’arrête pas aux stablecoins. Il durcit également le ton sur la tokenisation des actifs du monde réel (RWA). Les projets cherchant à transformer des actions, des obligations ou des biens immobiliers chinois en jetons numériques sur la blockchain sont désormais classés comme des « collectes de fonds illégales » s’ils ne disposent pas d’une licence spécifique.
« Les stablecoins remplissent certaines fonctions des monnaies fiduciaires de manière détournée », indique le communiqué de la PBOC. « Leur émission sans consentement menace la stabilité sociale et la sécurité nationale. »
Conséquences pour le marché
Le message envoyé aux géants de la tech (comme Ant Group ou JD.com qui exploraient ces technologies à Hong Kong) est clair : tout développement devra se faire sous l’œil vigilant du régulateur. À court terme, cette annonce pourrait freiner certains projets de finance décentralisée (DeFi) utilisant le yuan comme unité de compte, mais elle renforce la position de la Chine comme le laboratoire le plus avancé au monde pour une monnaie numérique d’État totalement contrôlée.











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