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LE FORMAT GENERAL EN 24 MINUTES

FNAC Darty :Daniel Kretinsky lance une OPA éclair pour contrer l’offensive du géant chinois JD.com

Par Maryse DELAFOSSE – 27 janvier 2026

Le paysage de la distribution française vient de connaître un séisme majeur. Ce lundi 26 janvier 2026, l’homme d’affaires tchèque Daniel Kretinsky a officialisé le lancement d’une Offre Publique d’Achat (OPA) sur le groupe FNAC Darty. Déjà premier actionnaire de l’enseigne, le milliardaire ne cache plus son ambition : prendre le contrôle majoritaire du leader de la culture et de l’électroménager.

Mais derrière cette manœuvre financière à plusieurs centaines de millions d’euros se cache une véritable partie d’échecs géopolitique. En ligne de mire : le géant chinois JD.com, qui s’apprête à faire une entrée fracassante dans le capital de l’entreprise via le rachat de l’allemand Ceconomy. Entre souveraineté culturelle, guerre du e-commerce et consolidation européenne, décryptage d’une opération qui va redéfinir le retail français.


Un coup de maître à 36 euros l’action

L’annonce est tombée au petit matin, figeant les salles de marché : Daniel Kretinsky, via sa holding EP Group, propose de racheter les actions FNAC Darty au prix de 36 euros l’unité. Cette offre représente une prime de près de 19 % par rapport au dernier cours de clôture. Pour le milliardaire, qui détient déjà 28,5 % des parts, l’objectif est clair : franchir le seuil fatidique des 50 % pour devenir le maître absolu à bord.

Le Conseil d’administration de FNAC Darty n’a pas tardé à réagir, accueillant « unanimement et favorablement » ce projet. Pour Enrique Martinez, Directeur général du groupe, ce soutien réaffirme la pertinence du plan stratégique « Beyond Everyday » engagé depuis plusieurs années. Mais si l’accueil est chaleureux, c’est aussi parce que le groupe se sentait, depuis quelques mois, pris en étau entre deux puissances mondiales.

Le « Cheval de Troie » chinois : la menace JD.com

Pourquoi une telle urgence ? La réponse tient en deux lettres : JD. Pour comprendre, il faut regarder du côté de l’Allemagne. Le géant chinois du e-commerce JD.com est en passe de finaliser le rachat de Ceconomy, le distributeur allemand propriétaire de MediaMarkt et Saturn. Or, Ceconomy est le deuxième actionnaire de FNAC Darty avec environ 22 % du capital.

En rachetant l’Allemand, JD.com récupère mécaniquement une place de choix au cœur du fleuron français. Pour Daniel Kretinsky, le risque était de voir un concurrent doté d’une force de frappe logistique illimitée s’immiscer dans la gestion d’une entreprise qu’il considère comme le pilier de son empire retail en Europe.

« Daniel Kretinsky n’achète pas seulement des magasins, il achète un rempart. En montant à plus de 50 %, il s’assure que JD.com, même s’il devient actionnaire indirect via Ceconomy, ne pourra jamais dicter sa loi ou accéder aux données stratégiques du groupe », analyse un expert du secteur pour LE FORMAT 24.



Bercy et la souveraineté culturelle en alerte

Le gouvernement français suit l’affaire de très près. FNAC n’est pas une enseigne comme les autres ; elle est le « premier libraire de France ». À ce titre, elle touche à la souveraineté culturelle du pays. Le ministère de l’Économie a déjà posé ses conditions à l’entrée indirecte de JD.com au capital : le géant chinois devra rester un actionnaire « dormant », sans droit de gouvernance ni impact sur la gestion.

Cependant, les promesses n’engagent que ceux qui y croient. En lançant cette OPA, Daniel Kretinsky offre à l’État français une garantie supplémentaire : celle d’un actionnaire de référence européen, déjà très investi dans le pays (Casino, Le Monde, Editis), capable de faire contrepoids à l’influence asiatique.

L’empire Kretinsky : le « Amazon Européen » en construction ?

Cette OPA est la pièce manquante d’un puzzle monumental. Daniel Kretinsky ne se contente plus d’accumuler des actifs ; il crée des synergies. Avec le contrôle de Casino pour l’alimentaire, de FNAC Darty pour le non-alimentaire, et d’Unieuro en Italie, le milliardaire tchèque est en train de bâtir un champion européen de la distribution physique et digitale.

L’idée est simple mais ambitieuse : utiliser le réseau dense de magasins FNAC et Darty comme des hubs logistiques pour ses autres activités, tout en mutualisant les achats et les technologies. Face à l’hégémonie d’Amazon et à la montée en puissance de Temu ou Alibaba, Kretinsky fait le pari que le commerce de proximité, couplé à une logistique ultra-performante, est la seule voie de salut.

Quels risques pour les petits actionnaires et les salariés ?

Si le marché salue l’offre, des questions subsistent. Pour les actionnaires minoritaires, le prix de 36 euros est attractif par rapport aux derniers mois, mais reste loin des sommets historiques de l’action. Certains pourraient être tentés de faire le gros dos en espérant une surenchère, bien que celle-ci paraisse peu probable dans le contexte actuel.

Du côté des salariés, l’inquiétude est, comme souvent lors d’une prise de contrôle, liée à l’emploi. Daniel Kretinsky a cependant donné des gages de stabilité. Son projet est présenté comme un soutien à la direction actuelle, sans plan social massif à l’horizon. L’objectif est la croissance par la synergie, pas par la coupe rase.

Une nouvelle ère pour le commerce français

L’OPA de Daniel Kretinsky sur FNAC Darty marque la fin d’une époque. Celle où les fleurons français de la distribution naviguaient avec un actionnariat éclaté et fragile. En se posant en rempart face à JD.com, le milliardaire tchèque consolide sa position d’acteur incontournable de l’économie française.

Le dossier doit maintenant passer sous la loupe de l’Autorité des Marchés Financiers (AMF) et des autorités de la concurrence européennes. Si l’opération arrive à son terme avant la fin du premier trimestre 2026, FNAC Darty entamera un nouveau chapitre de son histoire, avec un pilote unique aux commandes d’un navire paré pour affronter la tempête mondiale du e-commerce.


Le saviez-vous ? Daniel Kretinsky possède également des participations majeures dans le secteur de l’énergie (EPH), les médias (CMI France) et même le club de football de West Ham en Angleterre. Son surnom dans les milieux d’affaires ? « Le Sphinx de Prague », pour sa discrétion et sa capacité à frapper là où on ne l’attend pas.

Souhaitez-vous que je réalise une analyse comparative plus détaillée des forces et faiblesses entre le modèle de Daniel Kretinsky et celui de JD.com ?

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